Vision contrainte vs vision non contrainte

Aussi connu comme: Conflit de visions, Vision contrainte, Vision non contrainte, Vision tragique, Vision des élus

Formulé par Thomas Sowell (1987)
menu_book Tiré de Un conflit de visions

Définition

Introduit par Thomas Sowell dans Un conflit de visions (1987), ce cadre conceptuel identifie deux hypothèses fondamentalement irréconciliables sur la nature humaine qui sous-tendent la plupart des désaccords politiques et sociaux. La vision contrainte soutient que la nature humaine est fixe, intéressée et moralement limitée. La société ne peut pas être améliorée en changeant les gens ; elle ne peut l'être qu'en concevant des institutions, des incitations et des règles qui canalisent l'imperfection humaine vers des fins productives. Les compromis sont inévitables : il n'y a pas de solutions, seulement des choix entre des coûts. Cette vision sous-tend le libéralisme classique, la common law, la séparation des pouvoirs et l'économie de marché. La vision non contrainte soutient que la nature humaine est malléable et que les êtres humains sont capables d'agir selon la raison et le principe moral plutôt que selon l'intérêt personnel. Avec la bonne éducation, les bonnes institutions ou le bon leadership, les problèmes sociaux peuvent être résolus plutôt que simplement gérés. Cette vision sous-tend l'ingénierie sociale progressiste, la gouvernance technocratique et la conviction que des politiques conçues par des experts peuvent remplacer l'ordre spontané des marchés et des traditions. Sowell montre que ces deux visions génèrent des désaccords prévisibles et systématiques dans tous les domaines : justice pénale (réhabilitation vs dissuasion), économie (planification vs marchés), politique étrangère (négociation vs force crédible), et éducation. Le cadre est particulièrement pertinent pour la critique des élites intellectuelles modernes : dans La vision des élus (1995), Sowell documente comment les partisans de la vision non contrainte protègent systématiquement leurs échecs politiques de toute responsabilité en les attribuant à une mise en œuvre insuffisante plutôt qu'à des prémisses défectueuses.