Oikophobie

Aussi connu comme: Oikophobe, Auto-détestation culturelle, Haine du chez-soi, Répudiation de l'héritage

Formulé par Roger Scruton (2004)
menu_book Tiré de L'Angleterre et le besoin de nations

Définition

Forgé par le philosophe britannique Roger Scruton dans L'Angleterre et le besoin de nations (2004), l'oikophobie (du grec oikos, foyer, et phobia, aversion) désigne la répudiation de son propre foyer, de sa culture, de sa nation ou de sa civilisation : le mépris systématique du familier et de l'hérité. C'est l'antithèse directe de la xénophobie : là où le xénophobe craint l'étranger, l'oikophobe craint le domestique. Scruton a identifié l'oikophobie comme la pathologie caractéristique des élites intellectuelles occidentales : un mépris habituel pour les institutions héritées, l'identité nationale et les valeurs traditionnelles, combiné à une déférence réflexive envers les alternatives étrangères et transnationales. L'oikophobe ne se contente pas de critiquer sa culture ; il en est gêné, considère sa défense intellectuellement peu recommandable, et attribue généralement son influence à la bigoterie ou à l'ignorance. Scruton a tracé cette disposition dans l'intelligentsia européenne d'après-guerre, où elle se manifestait par le soutien aux institutions supranationales (UE, ONU) au détriment des États-nations démocratiques, le mépris du patriotisme comme provincialisme, et l'adoption d'une posture cosmopolite par défaut qui exempte toutes les cultures étrangères du regard critique appliqué à la sienne propre. Le concept a une valeur analytique significative pour la critique du double standard : la tendance oikophobique produit de manière fiable un jugement moral asymétrique : sévérité envers sa propre civilisation, indulgence envers ses adversaires. Cette asymétrie, soutenait Scruton, n'est pas neutre ni savante ; c'est une forme d'auto-haine qui affaiblit le système immunitaire culturel d'une civilisation et la désarme face aux menaces qu'elle refuse de nommer.