Biais du Survivant
Aussi connu comme: Biais de Survie, Erreur du Survivant
Formulé par Abraham Wald (1943)
Définition
Une erreur logique qui se produit lorsque des conclusions sont tirées d'un ensemble de données composé uniquement des 'survivants' d'un processus de sélection, en ignorant les cas qui n'ont pas survécu et qui sont donc invisibles pour l'analyse. Comme les échecs ne laissent aucune trace, l'échantillon de survivants paraît anormalement performant ou résilient, ce qui conduit à des conclusions systématiquement faussées sur ce qui cause réellement le succès ou la survie. Ce biais se retrouve partout : en entreprise ('toutes les start-ups qui réussissent ont fait X'), en finance (les données de performance de fonds d'investissement qui excluent les fonds ayant fermé), ou dans les conseils de vie courants ('suivez votre passion', tirés uniquement de personnes célèbres ayant réussi de cette façon).
Illustration d’un schéma de dégâts hypothétique sur des bombardiers revenus de mission durant la Seconde Guerre mondiale, librement inspirée des données analysées par Abraham Wald. Renforcer les zones couvertes de points rouges, là où les survivants avaient été touchés, aurait été une erreur, car les avions touchés à ces endroits rentraient le plus souvent à bon port. Nouvelle version par McGeddon, vectorisation par Martin Grandjean, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Histoire
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Statistical Research Group (SRG) de l'armée américaine étudia les bombardiers alliés revenant de mission au-dessus de l'Europe afin de déterminer où renforcer le blindage. L'idée évidente était de renforcer les zones subissant le plus de dégâts : moteurs, ailes et queue étaient criblés d'impacts, tandis que le cockpit et le fuselage central étaient relativement épargnés.
Le mathématicien Abraham Wald, membre du SRG, inversa ce raisonnement. Les données de dégâts ne provenaient que des avions ayant survécu et étant rentrés. Un bombardier touché au moteur ou au circuit de carburant avait beaucoup moins de chances de revenir : ces avions s'écrasaient et étaient absents de l'échantillon. Les zones intactes sur les avions survivants n'étaient pas des zones sûres ; elles étaient fatales. Wald recommanda de blinder les endroits où les avions revenus ne montraient aucun dégât, car un impact à cet endroit était précisément le type dont un avion survivait rarement pour en témoigner.
Le mémorandum de Wald de 1943, A Method of Estimating Plane Vulnerability Based on Damage of Survivors, ne fut publié que des décennies plus tard, mais devint l'une des études de cas fondatrices de la statistique appliquée. Le terme "biais du survivant" lui-même n'entra dans l'usage courant que bien plus tard, popularisé par les écrits sur l'entreprise et la finance à partir des années 1970, mais l'intuition sous-jacente, qu'un échantillon privé de ses échecs ne peut rien dire sur l'échec, reste celle de Wald.