handshake Les salariés ne sont pas la seule source de valeur

report_off L'affirmation

"Un patron d'entreprise ne peut s'enrichir que sur la productivité des personnes qu'il emploie."

Non. Cette phrase suppose que l’entreprise est un gâteau de taille fixe dont les salariés produisent la totalité et dont le patron prélève ensuite une part.

Un salarié produit évidemment de la valeur. Mais il ne la produit généralement pas seul. Il utilise du capital, des outils, des locaux, des logiciels, une organisation, une marque, une clientèle et des moyens de production fournis par l’entreprise.

Un chauffeur ne peut pas vendre son temps de la même manière avec ou sans camion. Un garagiste ne travaille pas de la même façon sans garage ni pont élévateur. Un caissier ne peut pas exercer son activité sans caisse, magasin, stocks et système informatique.

Le capital mis à sa disposition augmente donc sa capacité productive. Et ce capital a dû être financé, choisi, acheté et entretenu par quelqu’un, avec un risque de perte.

Surtout, un emploi est un contrat. Le salarié vend son travail pendant une période déterminée en échange d’une rémunération convenue. L’employeur achète ce travail parce qu’il pense pouvoir en tirer une valeur supérieure à son coût. Le salarié accepte parce qu’il préfère ce salaire aux alternatives dont il dispose.

Si les salariés étaient véritablement les seuls producteurs de richesse de l’entreprise, une question simple se poserait : pourquoi travaillent-ils au sein d’entreprises ? Pourquoi ne vendent-ils pas directement leur travail à leurs propres clients et ne conservent-ils pas eux-mêmes toute la valeur créée ?

Certains le font : ce sont les indépendants, artisans, consultants, commerçants, entrepreneurs, etc. Et lorsqu’ils réussissent suffisamment, ils peuvent eux-mêmes embaucher d’autres personnes.

Et c’est là que l’argument devient assez ironique : l’ancien salarié devenu entrepreneur et qui réussit devient soudain, dans certains discours, celui dont la richesse serait suspecte et qu’il faudrait taxer davantage.

La réalité est plus intéressante : l’entrepreneur combine travail, capital, connaissance, organisation et prise de risque pour tenter de répondre aux besoins des consommateurs. Il peut gagner, mais il peut également perdre son capital.

C’est précisément l’idée centrale de Mises concernant l’entrepreneur : le profit rémunère l’anticipation sous incertitude. L’entrepreneur engage aujourd’hui des ressources pour un résultat futur qu’il ne connaît pas.

Bien sûr, un patron peut aussi s’enrichir par une rente, un privilège légal, un monopole protégé ou une réglementation favorable. Mais dans ce cas, ce n’est justement pas la productivité des salariés qui explique son enrichissement.

Le véritable problème de cette phrase est donc le mot « que ».

Les salariés sont une source de création de valeur. Ils ne sont pas la seule.

Une entreprise n’est pas un système où les salariés créent 100 € et où le patron décide arbitrairement combien leur en laisser. C’est une coordination volontaire de facteurs de production, de capital et de travail sous incertitude, dans l’espoir de créer davantage de valeur pour les consommateurs que ne coûtent les ressources mobilisées.

Les vases ne sont toujours pas communicants : le travailleur peut gagner davantage grâce au capital de son employeur, et l’employeur peut s’enrichir parce qu’il a réussi à combiner ce travail avec du capital et de l’organisation pour créer davantage de valeur.

Citations

"Ce qui distingue l'entrepreneur et le promoteur qui réussit des autres personnes, c'est précisément le fait qu'il ne se laisse pas guider par ce qui était et ce qui est, mais qu'il organise ses affaires sur la base de son..."

von Mises, Ludwig event 1949

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"La valeur, c'est le rapport de deux services échangés."

Bastiat, Frédéric event 1850

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