engineering Le Nombre d'Emplois N'est Pas la Mesure de la Prospérité
report_off L'affirmation
"Les milliardaires ne créent pas d'emplois : les grandes entreprises ont supprimé 173 000 postes pendant que les PME en créaient 1,9 million."
Les chiffres sont présentés comme un verdict : les grandes entreprises auraient supprimé 173 000 emplois pendant que les PME en créaient 1,9 million. Le texte fait ensuite glisser, sans le dire, une comparaison entre tailles d’entreprises vers une conclusion sur les milliardaires en tant que catégorie, sans jamais isoler la taille de l’entreprise, son secteur, ni la cause réelle du changement comme variable pertinente.
Ce glissement silencieux est une généralisation abusive : une affirmation large sur toute une catégorie de personnes tirée d’un échantillon qui ne portait en réalité jamais sur elles. Une grande entreprise peut supprimer des emplois tout en augmentant sa production, grâce à l’automatisation, à une meilleure allocation du capital ou à une productivité accrue par salarié, et rien de tout cela ne dit si ses propriétaires sont milliardaires, s’ils s’enrichissent, ni si des emplois ont été « détruits » en un sens économiquement pertinent. La plupart des grandes entreprises appartiennent surtout à des fonds de pension et à des fonds indiciels, pas à un quelconque milliardaire ; nombre de milliardaires, à l’inverse, ont fait fortune en finançant les PME que ce même texte crédite d’avoir « créé » les 1,9 million d’emplois.
Et surtout, pour l’école autrichienne, l’emploi n’est de toute façon pas la finalité de l’activité économique. Le but est de produire des biens et des services que les consommateurs valorisent réellement. L’emploi est une conséquence de cette production, un moyen, pas une fin en soi.
La description que fait Mises de l’entrepreneur est éclairante ici : ce qui distingue un entrepreneur qui réussit, c’est précisément qu’il ne se laisse pas guider par ce qui existe déjà, effectifs compris, mais organise ses affaires autour de son jugement sur l’avenir. Une entreprise qui produit davantage avec moins de salariés est, par définition, devenue plus productive, et une économie plus productive est une économie où le même travail et le même capital peuvent satisfaire davantage de besoins des consommateurs, pas moins.
Rien de tout cela ne rend la transition indolore pour le salarié dont le poste disparaît. Mais le gain de productivité ne s’évapore pas, et il ne reste pas non plus enfermé dans l’entreprise : la concurrence le transforme en baisse des prix, si bien que ce même salarié en profite comme consommateur, même là où il en pâtit comme employé. Vouloir geler les effectifs par la réglementation ou la subvention ne supprime pas cet ajustement, cela ne fait que bloquer le gain, laissant toute l’économie, y compris les travailleurs qu’on prétend protéger, plus pauvre qu’elle ne le serait autrement.
Mesurer la réussite économique au nombre de postes sur une fiche de paie confond le moyen avec la fin. Une entreprise qui supprime une tâche redondante grâce à de meilleurs outils ne devient pas ennemie du travail : elle libère des travailleurs et du capital pour des usages jusque-là hors de portée, des usages dont une économie en croissance a constamment besoin.
Rien de tout cela n’excuse une véritable destruction d’emplois causée par un privilège politique, un monopole protégé par la réglementation, ou une subvention qui maintient en vie un acteur inefficace aux dépens d’un concurrent. Mais c’est alors une critique du privilège, pas des « milliardaires » en tant que catégorie, et la statistique en question ne mesure jamais cela.
Le véritable étalon n’a jamais été le nombre de postes. C’est la valeur que le même travail et le même capital permettent de produire, et sur cette mesure, une grande entreprise plus légère et une petite entreprise en croissance peuvent toutes deux être le signe d’une économie saine, et non une preuve contre elle.
Citations
Voir la citation complète"Ce qui distingue l'entrepreneur et le promoteur qui réussit des autres personnes, c'est précisément le fait qu'il ne se laisse pas guider par ce qui était et ce qui est, mais qu'il organise ses affaires sur la base de son..."
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